Porto Carras, 22/06/2003 (Agence Europe) - Le président du Conseil européen, Costas Simitis, s'est félicité, lors de la conférence de presse finale, des résultats obtenus lors de la réunion de Thessalonique, et en premier lieu du projet de Constitution qui ouvre "une nouvelle page de l'histoire européenne". Après avoir rappelé que le Conseil européen a "fixé les étapes suivantes et un calendrier pour finaliser ces travaux" (sur les aspects liés à la Constitution, voir EUROPE du 21 juin, pages 3 et 4), le Premier ministre grec a salué "la série de décisions adoptées" par le Conseil européen en matière d'immigration et d'asile. "Nous avons les ressources financières suffisantes et nous allons pouvoir renforcer la coopération avec les pays tiers pour qu'ils respectent les termes des accords que nous allons conclure avec eux", a-t-il dit avant d'évoquer un renforcement de la lutte contre l'immigration clandestine. En ce qui concerne la stratégie de l'UE en matière de sécurité, M. Simitis a noté que "nous sommes tous d'accord pour que Javier Solana poursuive les travaux et nous présente un rapport final en décembre" (EUROPE publiera intégralement le document de Javier Solana « Une Europe sûre dans un monde meilleur »). Il a aussi souligné que le Conseil européen a approuvé les GOPE et les lignes directrices pour l'emploi et que la Commission et la BEI ont été invitées à soutenir l'investissement dans les réseaux transeuropéens (RTE).
Le président de la Commission européenne, Romano Prodi n'a pas voulu entrer dans le détail des conclusions du Conseil européen qu'il a cependant qualifié de "succès plein et entier". Il a surtout mis l'accent sur la nécessité de mobiliser davantage d'investissements pour les RTE et la recherche. "Si on ne fait rien, il faudra 20 à 30 ans pour finaliser les RTE", a-t-il averti.
Le Haut représentant, Javier Solana, s'est dit "très heureux de l'accueil chaleureux" réservé par les chefs d'Etat et de gouvernement à son document de stratégie. "Nous allons continuer à travailler pour étoffer ce document pour la fin de la présidence italienne". Il a aussi jugé "bonne" la déclaration sur le Proche-Orient adoptée par le Conseil européen parce qu'elle soutient le Premier ministre et le gouvernement palestinien et qu'elle exerce une pression supplémentaire sur le Hamas afin de parvenir à un cessez-le-feu.
M. Berlusconi confirme la date du 15 octobre pour l'ouverture de la CIG
Le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi a qualifié d'excellent le travail de la Convention européenne et il a confirmé la date du 15 octobre pour le lancement de la CIG. Selon lui, les travaux devront se conclure en décembre pour permettre l'an prochain la signature d'un "deuxième traité de Rome". Le Conseil européen a pleinement réussi sur le dossier de l'immigration, a estimé M. Berlusconi en soulignant devant la presse qu'à l'avenir les pays ne seront plus seuls face à ce problème. M. Berlusconi a aussi insisté sur la nécessité d'investir dans un programme d'infrastructures transnationales ainsi que dans les nouvelles technologies militaires et dans la recherche. Le futur président du Conseil européen a aussi indiqué qu'il était prêt à se rendre en Finlande pour discuter de la localisation de l'Agence européenne pour la sécurité des aliments.
L'Allemagne est pleinement satisfaite du projet de Constitution, affirme M. Schröder
Le chancelier Gehrard Schröder a répété que l'Allemagne est "pleinement satisfaite" du projet de Constitution élaboré par la Convention et il s'est dit confiant que l'on trouvera des solutions pour les pays qui ne sont satisfaits qu'à 95% (allusion à un commentaire de M. Schüssel). Evoquant la présentation faite par M. Verhofstadt du Sommet à quatre sur la défense, il a noté qu'il n'y avait même pas eu l'ombre d'une controverse au sein du Conseil européen. Indiquant qu'il avait soutenu la candidature de Jean-Claude Trichet au poste de président de la Banque centrale européenne, il a ajouté: "Si nous n'avions pas pris une décision aujourd'hui, j'aurais craint une irritation des marchés financiers".
M. Schüssel demande la codécision pour le Parlement sur le traité Euratom
Le chancelier Wolfgang Schüssel a affirmé devant la presse que le projet de traité constitutionnel est un "bon point de départ" mais qu'il doit encore être amélioré sur quelques points. Il a notamment cité la rotation pour la présidence des Conseils et le doit de vote pour tous les commissaires. M. Schüssel a plaidé pour l'intégration du traité Euratom dans le futur traité constitutionnel, avec la codécision pour le Parlement européen. Interrogé sur l'éventuelle organisation d'un référendum en Autriche, il a estimé que cela n'était pas nécessaire mais que l'Autriche participerait à un référendum s'il était organisé dans tous les Etats membres.
M. Chirac demande à chacun à "faire un effort" pour trouver des solutions à la CIG
- Appel au commissaire Fischler pour davantage de flexibilité sur la PAC
"La Convention est arrivée à une proposition qui est apparue comme la meilleure possible, même si chacun n'y trouve pas tout ce qu'il aurait pu espérer", a estimé le président français Jacques Chirac. "Je sais qu'il existe des préoccupations en Espagne et en Pologne, mais personne n'a trouvé satisfaction à tous les problèmes qu'il se posait dans la proposition de la Convention", a-t-il dit avant d'ajouter: "La Conférence intergouvernementale va en reparler, mais il faut comprendre que chacun doit faire un effort si nous voulons arriver à un résultat". La France a exprimé de son côté certaines préoccupations, a-t-il précisé: s'en tenir à l'accord de Nice en ce qui concerne les services culturels et l'audiovisuel dans les accords commerciaux, attachement aux services d'intérêt général, questions sociales, agriculture et respect des organisations de marché. Les organisations doivent répondre instantanément à l'évolution des marchés, ce que ne permet pas une procédure longue de codécision, a-t-il fait valoir. Il a en outre plaidé pour que les membres de la zone euro puissent adopter des décisions sans être bloqués par un pays qui n'en fait pas partie. Il a indiqué qu'il est "à priori très ouvert" à la voie du référendum pour ratifier la Constitution. Toutefois, il attend "de voir comment les choses évoluent" et de poursuivre la discussion politique en France sur ce sujet. Interrogé sur la suspension jusqu'à mercredi prochain des discussions sur la réforme de la PAC, Jacques Chirac a assuré que "la France est prête à discuter, mais les propositions de la Commission, ou plutôt du Commissaire Fischler, ne sont pas acceptables et pas acceptées par la France". Pour arriver à une solution, il faut que "tout le monde bouge, y compris le Commissaire", a-t-il insisté. Le président du Conseil européen, Costas Simitis avait refusé que le sujet soit inscrit à l'ordre du jour du Sommet.
M. Blair insiste sur le droit souverain de son pays sur la fiscalité, la PESD, l'immigration
Tony Blair, le Premier ministre britannique, s'est félicité d'avoir imposé "des lignes rouges" à ne pas franchir lors des discussions sur le projet de Constitution de l'UE. "Il n'est pas question pour la Grande-Bretagne de renoncer à son droit indépendant et souverain de déterminer sa politique fiscale, sa politique étrangère, sa politique de défense et ses propres frontières" pendant les travaux de la CIG, a-t-il déclaré. Le ministre britannique des Affaires étrangères, Jack Straw, a ajouté que le projet issu de la Convention constitue "une bonne base" pour les discussions de la Conférence intergouvernementale (CIG). "L'agenda fédéral n'est plus", s'est-il exclamé, en ajoutant que "les gens les plus déçus sont les fédéralistes en Europe". Il est également satisfait des conclusions du Conseil sur le dossier "asile et immigration" car elles notent que un nombre d'Etats membres ont la volonté d'aller plus loin avec les projets pilotes".
Le Royaume-Uni se rendra compte que les projets pilotes sont une mauvaise idée, affirme M. Persson
Le Premier ministre suédois, Göran Persson, s'est félicité du fait que l'argent de l'UE ne sera pas utilisé pour financer les projets pilotes envisagés par le Royaume-Uni pour les réfugiés. Il estime en outre qu'une fois confronté à la mise en œuvre de tels projets, le Royaume-Uni réalisera que ça ne fonctionne pas. M. Persson s'est également félicité de la candidature de Jean-Claude Trichet au poste de président de la Banque centrale européenne. Enfin, il a exprimé ses doutes sur le projet italien d'accroître les investissements pour développer les projets d'infrastructures et de recherche européens et sur la possibilité de stimuler ainsi la croissance européenne.
M. Rasmussen est favorable aux projets pilotes
A l'opposé de son homologue suédois, le Premier ministre danois, Anders Fogh Rasmussen, a rappelé avoir toujours soutenu le Royaume-Uni sur les projets pilotes. "Je pense que nous en verrons davantage", a-t-il dit en faisant allusion à une multiplication de ce type d'initiatives qui, selon lui, sont pleinement compatibles avec la politique européenne en matière d'immigration et d'asile.
M. Aznar insiste sur la référence au Christianisme
Le Premier ministre espagnol, José Maria Aznar, a déploré que le projet de la Convention ne fasse pas plus explicitement référence au christianisme dans le préambule de la Constitution. "Il est difficile de comprendre ce qu'est l'Europe sans référence historique au christianisme", a-t-il estimé, en précisant que "ce n'est pas une question religieuse, morale ou de principe, mais historique." Il a assuré par ailleurs que les Etats qui, comme l'Espagne, demandent de conserver le système de répartition des votes de Nice sont "nombreux". La Conférence intergouvernementale devra "beaucoup améliorer" les propositions de la Convention sur les institutions, a-t-il insisté. José Maria Aznar, a salué par ailleurs la déclaration du Conseil Européen condamnant "la violation des droits de l'homme et des libertés fondamentales" à Cuba. Il a souligné que les chefs d'Etat et de gouvernement ont "déploré" le comportement des autorités cubaines à l'égard de l'UE et de ses Etats membres.
M. Durão Barroso souhaite clarifier le rôle du président du Conseil européen
Le Premier ministre portugais, José Manuel Durão Barroso, a estimé que le texte de la Convention est "une bonne base de travail", car il "clarifie ce qui était obscur, simplifie ce qui était confus et unifie ce qui était dispersé." On "ne peut pas changer beaucoup de choses au compromis obtenu par la Convention" qui est "globalement positif", a-t-il reconnu en soulignant toutefois que le Portugal a "des exigences de clarification" sur le rôle du président du Conseil européen et le système de rotation des présidences des conseils des ministres. Il plaide en outre, avec l'Espagne, l'Irlande et la Pologne pour l'introduction d'une référence à l'héritage chrétien dans le préambule de la Constitution. "Nous défendons le principe de l'Etat laïque et de l'Union européenne laïque", mais pour des raisons de "rigueur intellectuelle (…) si l'on évoque la tradition rationaliste et humaniste, il doit aussi y avoir une mention de l'héritage culturel chrétien", a estimé le Premier ministre portugais. Il s'est félicité par ailleurs que les conclusions du Sommet évoquent la situation au Timor oriental. Le Timor n'est pas "en première ligne des priorités internationales mais il est positif que l'Union européenne n'ait pas oublié la question", a-t-il noté.
M. Ahern propose un solution pour la signature du prochain traité
L'Irlande a proposé un compromis pour satisfaire les attentes de l'Italie qui souhaite que le Traité soit signé solennellement à Rome: le Traité serait d'abord signé dans l'Etat membre où s'achèvera la CIG, donc vraisemblablement l'Irlande, mais il sera ensuite signé dans chaque capitale en terminant par Rome. Le gouvernement italien sera ensuite responsable du dépôt des actes du Traité. Le Premier ministre irlandais, Bertie Ahern, a estimé par ailleurs que la Convention est arrivée "à un résultat remarquable, dans un style clair et lisible, qui rend l'Union européenne plus démocratique et accessible." Ses résultats constituent une "bonne base" pour la Conférence intergouvernementale et l'Irlande n'a pas beaucoup de préoccupations. Elle souhaiterait toutefois clarifier certains points concernant l'application du vote à la majorité dans le domaine de la justice et s'assurer que le droit de veto dans le domaine fiscal est garanti, a précisé Bertie Ahern.
M. Miller durcit le ton en vue de la CIG
Le Premier ministre polonais, Leszek Miller s'est déclaré prêt à faire valoir ses positions de manière forte. "De Copenhague, nous pouvons tirer la leçon que cela vaux la peine de négocier de manière dure, et c'est ce que nous allons faire dans la CIG", a-t-il déclaré. La Pologne veut obtenir des changements en ce qui concerne la définition du vote à la majorité qualifiée, la politique de sécurité et de défense commune, les questions institutionnelles et l'inclusion d'une référence à la chrétienneté dans le préambule. Il a jugé que "rien ne justifie" de modifier le système de répartition des votes défini à Nice, qui reflète l'équilibre entre les petits, moyens et grands pays. Le ministre des Affaires étrangères, Wlodemierz Cimoszewicz, a renchéri en estimant que les changements d'équilibres proposés par la Convention ne reflètent pas un changement démocratique. Si un système de répartition selon le nombre d'habitants était envisagé au Conseil de sécurité des Nations unies, seul un membre permanent qui dépasse le milliard d'habitant serait satisfait et les quatre autres protesteraient, a-t-il fait valoir. Leszek Miller a insisté pour que le développement de la PESD passe d'abord par un renforcement des capacités militaires de l'Europe, d'une manière complémentaire avec l'Otan.
M. Medgyessy demande l'intégration des droits des minorités dans le Traité
Le Premier ministre hongrois, Péter Medgyessy, a insisté pour que les droits collectifs des minorités soient inclus dans le Traité constitutionnel. Sans être opposé à la création d'un président du Conseil européen à plein temps, M. Medgyesssy a plaidé pour un président fort de la Commission européenne et contre la création d'une structure parallèle à la Commission. Evoquant le débat du Sommet sur le "partage des coûts" de la gestion des frontières, le ministre des affaires étrangères, Lázlo Kovács, a espéré que les prochaines perspectives financières permettront de couvrir une aide financière pour les pays qui assureront le contrôle aux frontières extérieures de l'UE. Il a indiqué que la Hongrie n'est pas opposée à une forme de communautarisation de la gestion des frontières au sein du système Schengen.
M. Parts a des doutes sur la gestion commune des frontières
Interrogé sur les questions d'immigration, le Premier ministre estonien, Juhan Parts, a plaidé pour un partage des coûts et des expériences concernant le contrôle des frontières. Il est en revanche plus sceptique à propos de la création d'un corps de gardes-frontières européens et la gestion commune des frontières. Il est "satisfait" que le travail de la Convention serve de "base" de négociation pour la Conférence intergouvernementale, mais souhaiterait des éclaircissements sur le système de rotation à la tête des conseils des ministres.
M. Brazaukas espère une aide financière pour la gestion des frontières
Le président lituanien, Rolandas Paksas, a dit que la Lituanie entend rester vigilante lors de la CIG à propos du système de rotation à la présidence des conseils des ministres. Interrogé sur les questions d'immigration, le Premier ministre lituanien, Algirdas Mykolas Brazauskas, a constaté qu'une aide financière sera bienvenue, lorsque la Lituanie devra gérer une large frontière extérieure de l'UE, après son intégration dans Schengen. Il a estimé qu'une partie de l'enveloppe de 136 millions d'euros, prévue dans le traité d'adhésion pour l'intégration de l'acquis Schengen en Lituanie, pourra être utilisée pour la gestion des frontières et le contrôle de l'immigration illégale. La Lituanie a proposé par ailleurs d'accueillir un centre de formation sur l'asile et l'immigration.
M. Erdogan se félicite du statut d'observateur de la Turquie au sein de la CIG
Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan a dit, devant la presse, que "ce qui était important pour nous c'était d'obtenir le statut d'observateur au sein de la CIG". La Turquie est satisfaite des résultats de la Convention européenne, ont par ailleurs souligné des proches de M. Erdogan en notant que l'absence de référence à une religion dans le préambule du projet de Constitution confirme que l'UE est "une Union de valeurs et non un club chrétien". Indiquant qu'au dîner, il était à la même table que MM. Simitis, Chirac, Schröder et Berlusconi, M. Erdogan a dit qu'ils avaient tous manifesté leur étonnement devant les progrès de la réforme en Turquie et l'adoption, vendredi, par la Grande Assemblée nationale d'un sixième paquet qui porte sur les droits des minorités religieuses, la liberté d'expression et l'utilisation des autres langues que le turc dans l'audiovisuel. Un septième paquet devrait être adopté en août, a-t-il rappelé en estimant que les Quinze reconnaissent l'évolution positive en cours en Turquie. "Tous ont insisté sur la mise en œuvre effective des réformes", a reconnu M. Erdogan en notant que les pressions avaient été moins fortes qu'à Copenhague en ce qui concerne le dossier chypriote, qui doit trouver une "solution sur la base du plan de Kofi Annan".
(Pour les commentaires de Guy Verhofstadt, Jean-Claude Juncker et Jan Peter Balkenende, voir EUROPE du 21 juin, p. 4).