login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 8467
JOURNEE POLITIQUE / (eu) ue/50eme anniversaire de l'agence europe

Au Colloque organisé par la Présidence grecque, M. Papandreou insiste sur la participation du citoyen, M. Delors sur la méthode communautaire et la différenciation, M. Santer met en garde contre la dérive intergouvernementale, M. Napolitano contre toute régression - Mme Spaak: motiver la jeunesse

Bruxelles, 21/05/2003 (Agence Europe) - Le cinquantième anniversaire de l'Agence Europe a été l'occasion pour Jacques Delors, George Papandreou, Jacques Santer, Giorgio Napolitano et Antoinette Spaak de s'interroger sur l'avenir de l'Europe sans oublier son histoire, et aussi sur la place du citoyen dans cette histoire. Cette réflexion collective s'est développée, lors d'un colloque sur le thème "Espace public européen: réalités et perspectives" organisé le 20 mai à Bruxelles par la Présidence grecque ( l'idée avait été lancée par la parlementaire européenne Myrsini Zorba, a précisé Giorgios Katiforis, lui aussi élu européen du Pasok, qui était le modérateur de la manifestation).

La contribution des Européens au processus d'intégration était au centre de l'intervention du président du Conseil George Papandreou, qui a constaté que, en Europe, "nous avons une ressource inexploitée, le citoyen", et qu'une des priorités de la stratégie politique des responsables européens, dans cette phase de l'histoire de l'Europe et dans la perspective du prochain grand élargissement, doit être justement d'encourager "la participation de tous" à cette construction commune, ainsi que le développement d'une "société civile dynamique". La Présidence grecque a déjà pris une initiative concrète dans ce sens, celle du "e-vote", a rappelé le ministre grec des Affaires étrangères, qui a signalé que 153 000 personnes se sont déjà prononcées, par ce vote électronique qui concrétise la "e-démocratie", sur 12 questions d'actualité. Autre initiative: lorsque la Convention européenne aura achevé ses travaux, la Grèce organisera, en septembre à Athènes, une "agora" permettant de discuter des résultats de la Convention. Ce sera une nouvelle occasion d'ouvrir "un nouvel espace pour les citoyens" européens, a remarqué M.Papandreou. Et il a annoncé une proposition grecque à la Convention (dont il est membre): celle de faire élire un président européen directement par les citoyens.

L'ancien Président de la Commission européenne, Jacques Delors, dans son intervention sur "L'Europe continuée", a exhorté à ne pas oublier, en bâtissant l'avenir, "ceux sans lesquels on ne serait pas là". Et il a avoué son"agacement" face aux appels récents de certains à la "refondation", qui sonne à ses oreilles comme une sorte de "oublions le passé", alors que, au contraire, il ne faut pas oublier "le testament des pères de l'Europe", à savoir "paix, autonomie et influence" (par exemple, sur la manière de gérer la mondialisation). Jacques Delors a aussi mis en exergue:

- l'actualité de la méthode communautaire, qui est "sous-estimée" à la Convention européenne. Il faut réaliser "un bon compromis entre la méthode communautaire et l'intergouvernemental, mais actuellement, dans les résultats de la Convention, le compte n'y est pas", regrette M.Delors. Il faut clarifier en particulier les pouvoirs de contrôle et d'exécution de la Commission européenne, afin que "l'espace économique et social " puisse fonctionner, souligne-t-il. Et, à propos du Conseil européen, il constate: "il est là, il donne des orientations, mais les orientations, il faut les préparer, les discuter, en suivre l'exécution".

- le rôle des institutions. Derrière les institutions, "il y a la mécanique", insiste M.Delors, qui reprend son ancien conseil: "il ne suffit pas de regarder le design, il faut ouvrir le capot" (Valéry Giscard d'Estaing a trouvé la formule assez bonne pour la reprendre à son compte, note Jacques Delors). Et si on ouvre le capot, on voit que "ce qui compte, c'est le tandem Commission/Conseil Affaires générales", si le Conseil est en mesure de fonctionner.

- le "déficit de coopération" en matière de politique économique". M.Delors s'en prend aux ministres de l'Economie et des Finances ("ces messieurs se ménagent", lance-t-il) et dénonce une fois de plus la faiblesse du pilier économique de l'Union économique et monétaire, qui était bien présent dans le rapport Delors. Dans ces conditions, l'euro est "le poodle du dollar", déplore l'ancien président de la Commission.

- l'indispensable "différenciation" (pour laquelle il faudra peut-être trouver un autre nom, reconnaît M.Delors). Elle est "un élément essentiel, il faut l'accepter", car l'Europe a "avancé grâce à la différenciation". M.Delors rappelle là qu'à Maastricht, sans les opting-out sur le monétaire et le social, "l'Europe aurait été dans l'impasse".

- la nécessité de combiner vision et réalisme. Les coopérations renforcées en sont un exemple, constate Jacques Delors, qui estime que ce qu'on peut faire à vingt-cinq, c'est d'établir un espace de paix et de sécurité, d'assurer un développement durable, de respecter les identités nationales, "pas plus". Mais "un tel discours, personne n'ose le tenir", remarque-t-il.

Jacques Delors a aussi tenu à rendre hommage aux "petits pays fondateurs", en s'adressant à son successeur à la tête de la Commission, Jacques Santer. Lors des négociations de l'Acte unique et de Maastricht, vous aviez (comme Premier ministre luxembourgeois: NdlR) dû surmonter "des embûches presque aussi importantes que si vous aviez dû franchir l'Himalaya", a rappelé M.Delors à M.Santer. Et il évoqué Jean Monnet: "c'est lui qui m'a dit: 'il faut toujours penser aux plus petits'".

Jacques Santer, aujourd'hui parlementaire européen et conventionnel, a regretté que "la polarisation grands contre petits pollue l'atmosphère" à la Convention. "Je n'ai jamais constaté d'opposition systématique grands/petits", a-t-il dit, fort de sa longue expérience au gouvernement luxembourgeois, en ajoutant: "maintenant, nous l'institutionnalisons, et à la Convention, on la met au centre" des débats. M.Santer a insisté lui aussi sur le rôle des citoyens et sur le "génie novateur des pères fondateurs". Cinquante ans de paix, c'est quelque chose "d'inestimable, qu'on ne peut pas budgétiser dans nos comptes nationaux", a-t-il affirmé. Et il a exprimé un "grand regret": que l'UE, au moment de définir sa stratégie pour l'élargissement, n'ait pas "trouvé une motivation pour les génération futures", avec comme résultat un débat qui s'est surtout concentré sur les difficultés attendues du nouveau grand élargissement. Pour l'avenir, Jacques Santer met en garde: "nous ne devons pas bétonner l'intergouvernemental au détriment de la méthode communautaire".

Giorgio Napolitano, président de la commission des affaires constitutionnelles du Parlement européen, a lancé un même appel: "sauvegardons l'esprit communautaire, combattons la tendance à la régression manifestée à la Convention et autour d'elle". Et il s'est exclamé: Valéry Giscard d'Estaing a dit qu'à la Convention, il y a des "conservateurs", et bien, "je préfère la conservation à la régression". Or, ce serait "une fatale régression que de blesser, oui, blesser, le rôle de la Commission et de la méthode communautaire". Ce risque, selon l'ancien président de la Chambre des députés italienne, "existe implicitement dans l'idée d'un président du Conseil européen à plein temps", alors que le Conseil européen doit revenir à son rôle originaire, qui est de donner des impulsions stratégiques à la construction européenne. Giorgio Napolitano a aussi rappelé le rôle joué pendant cinquante ans par l'Agence Europe, en citant des Italiens qui ont travaillé pour l'unité européenne: l'homme d'Etat Alcide de Gasperi, le "combattant "Altiero Spinelli (Jacques Delors avait tenu à saluer dans le public son ancien assistant Virgilio Dastoli aujourd'hui porte-parole du Forum permanent de la société civile), le "témoin passionné" Emanuele Gazzo. Qui, en créant en 1953 l'Agence Europe (avec Lodovico Riccardi), avait ouvert un début d'espace public européen.

Antoinette Spaak a apporté au débat une contribution d'une grande vivacité, marquée par un engagement européen de toujours. Elle a rappelé que dès 1943, en pleine guerre, son père Paul-Henri Spaak, un autre grand Européen, parlait déjà dans une note, de "l'Europe qui naîtra demain", en paix, et qui "ne devra pas fonctionner sous le régime de l'unanimité". C'était il y a soixante ans, et on se querelle encore sur l'unanimité!, s'est écriée l'ancienne parlementaire européenne. Qui a avoué être "très institutionnelle": oui, il faut d'abord fixer les objectifs, mais après les avoir fixés, "il faut tout de suite parler d'institutions", dit-elle. Mais son appel est surtout: pensons aux jeunes. "Je suis préoccupée par les jeunes", qui considèrent l'Europe comme un acquis qui en général ne les intéresse guère, reconnaît Mme Spaak, exhortant les responsables politiques à mieux répondre à leurs questions. Alors, on pourra parler d'institutions même avec eux…

D'autres amis de l'Agence Europe sont intervenus, lors de cette manifestation très chaleureuse, pour un raccourci de ces derniers cinquante ans. Jacques-René Rabier, ancien collaborateur de Jean Monnet et ancien directeur général à l'information à la Commission européenne, a rappelé les débuts de l'Agence à Luxembourg. Norbert Schwaiger, ancien chef du service de presse au Conseil, a évoqué sa première rencontre avec Ferdinando Riccardi, John Palmer, du The European Policy Centre, celle avec Marina Gazzo, il y a trente ans, lorsqu'il était journaliste au Guardian, Fernand Herman, Lidia et Marina Gazzo qu'il voyait courir dans les couloirs du Parlement européen où il avait été élu une première fois en 1979.

Sommaire

JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES