Bruxelles, 16/10/2002 (Agence Europe) - Le Haut Représentant pour la PESC Javier Solana, en intervenant le 15 octobre devant le groupe de travail de la Convention européenne sur l'action extérieure de l'UE présidé par M. Dehaene, a souligné, à l'appui d'exemples pratiques sur son expérience (notamment dans les Balkans, au Proche-Orient, au Conseil de sécurité), que la création du Haut Représentant a effectivement "rempli un vide en termes de présence et d'action politique, et a apporté une valeur ajoutée à l'action extérieure de l'UE". Parmi les leçons qu'il tire de ces trois ans d'expérience, l'ancien ministre espagnol des Affaires étrangères et ancien Secrétaire général de l'OTAN cite la nécessité de: - la volonté politique. Le travail du Haut Représentant est plus efficace si cette volonté des Etats membres est "concentrée et clairement exprimée" ; - la continuité. La confiance réciproque se développe grâce à des contacts personnels, qu'on ne peut pas "changer tous les six mois" (même si les relations de M. Solana avec les présidences successives du Conseil ont toujours été "excellentes"), et ceci « est particulièrement vrai pour les relations avec nos amis transatlantiques";- la capacité de réagir rapidement. Le rythme de travail de la PESC a été déterminé jusqu'ici par des Conseils mensuels, mais la gestion des crises au 21ème siècle exige une "réaction en temps réel"; - une claire division du travail. Selon lui, si on fusionnait les responsabilités du Commissaire aux relations extérieures et du Haut Représentant, "ceci créerait plus de confusion que de synergie". "Chris (Patten) et moi-même avons montré que la coopération étroite et le partenariat peuvent obtenir des résultats, et les obtiennent"; - la cohérence et solidarité entre Etats membres. Le partage de la charge peut assumer différentes formes, et les Etats qui ne peuvent pas apporter énormément en termes militaires peuvent "apporter beaucoup en termes de financement, de réfugiés, d'aide au développement"; - la volonté d'affronter des questions sensibles dans le cadre de l'UE. Alors que "certaines questions liées à la sécurité et à la défense, ou aux finances, sont à peine abordées dans nos discussions avec les pays tiers, il faut trouver le moyen de surmonter ce problème", car "ce n'est simplement pas possible de s'engager dans un partenariat politique sérieux avec les Etats-Unis (en tant qu'UE) sans parler de ces choses"; - une bonne coordination avec les partenaires et acteurs internationaux. Il s'agit en grande partie de rechercher "un format plus productif pour nos contacts avec les pays tiers", dépassant le rituel de rencontres qui manquent parfois de substance. (Rappelons que Javier Solana s'était déjà fait remarquer par la franchise de ses critiques à l'égard des Stratégies communes de l'Union pour les pays tiers: NDLR).
Pour l'avenir, tout en rappelant qu'il a toujours soigneusement évité de se mêler de questions de "ingénierie institutionnelle", M. Solana fait les suggestions suivantes, qui n'exigent pas toutes des modifications du Traité:
le Conseil devrait déléguer la représentation extérieure au Haut Représentant, en collaboration avec le Commissaire aux relations extérieures, si approprié.
le Haut Représentant devrait pouvoir présenter des propositions (et des propositions conjointes avec la Commission), notamment en matière de gestion de crises.
une présidence permanente du Conseil Relations extérieures est nécessaire, et certains objectifs cités plus haut seraient plus faciles à atteindre si le Haut Représentant ("comme proposé par beaucoup") était désigné à ce poste.
l'unanimité à 25 ou plus "sur chaque possible question PESC rendra la prise de décision très difficile", et il faudra donc vérifier comment "élargir les possibilités existantes de vote à la majorité, tout en tenant pleinement compte des intérêts et situations spécifiques des Etats membres", en réfléchissant aussi sur "l'abstention constructive et les coopérations renforcées".
une mise en commun "pragmatique" des ressources diplomatiques serait très utile, et aurait le potentiel de développer "un "ministère européen des Affaires étrangères" à un rythme et d'une manière qui ne gênerait pas les Etats membres".
M. Solana pose aussi le problème budgétaire, en notant que: - la ligne budgétaire des activités PESC pour 2002 "n'est pas seulement négligeable, elle est ridicule: 35 millions d'euros", alors que le financement d'opérations militaires exige des mécanismes et une base juridique claire; - il faut plus de "synergie directe entre les instruments communautaires et la PESC" (M. Solana note que la "forte coopération actuelle entre moi-même et Chris Patten se fonde plus sur l'amitié et une bonne entente personnelle que sur les arrangements institutionnels); - le niveau de dépenses militaires des Etats membres est "préoccupant", à quelques exceptions près.
M. Solana se pose des questions sur un président du Conseil de longue durée
Interrogé par Peter Hain, représentant du gouvernement britannique à la Convention, sur l'opportunité d'avoir un président européen de longue durée, M. Solana a reconnu que sa position n'était pas encore arrêtée, mais il s'est posé un certain nombre de questions. Ainsi, soucieux plus de la substance que de "l'architecture", il se demande en particulier si un tel changement en profondeur permettrait réellement de faire face aux lacunes constatées. Donnez-moi une raison valable de créer ce poste autre que celle d'avoir un interlocuteur européen pour le président Bush, a dit M. Solana, en estimant que l'UE a déjà un bon niveau de dialogue avec les Etats-Unis (et que de toute façon, même avec un président européen, les chefs d'Etat et de gouvernement continueraient à aller à Washington chacun de son côté). Quant à l'idée que le Haut Représentant pour la PESC soit à l'avenir un vice-président de la Commission, M. Solana (qui fonde toute son argumentation sur son expérience concrète) a noté qu'un Haut Représentant qui serait membre du Collège serait soumis à la règle de la majorité qui caractérise la Commission, ce que les Etats membres ne sont pas prêts à accepter.