Stockholm, 25/03/2001 (Agence Europe) - Pendant ce Sommet, « nous avons construit le premier étage de la maison de dix étages » que nous nous sommes engagés, à Lisbonne, à bâtir d'ici 2010, a dit le Premier ministre suédois Göran Persson lors de la conférence de presse qui a clôturé, le 24 mars, le Conseil européen de Stockholm. M. Persson a indiqué que les chefs d'Etat et de gouvernement ont ajouté quatre nouveaux domaines aux objectifs énoncés dans la stratégie de Lisbonne: le vieillissement démographique de l'UE, le rôle de la biotechnologie en faveur de la croissance de l'économie européenne, le développement durable, et l'insertion des pays candidats à l'adhésion dans le processus de Lisbonne (rappelons que le Premier ministre finlandais Paavo Lipponen avait souhaité une telle insertion dans sa contribution au Conseil européen de Stockholm). Pour M. Persson, ce Sommet a réussi trois « percées »: sur les marchés financiers (rapport Lamfalussy), le ciel unique (voir le point 17) et la libéralisation des services postaux. Quant au fait que les conclusions de la Présidence ne contiennent aucune date pour la libéralisation des marchés de l'électricité et du gaz, il a dit qu'une date y aurait figuré si on l'avait décidé à la majorité qualifiée, mais que l'Union européenne « respecte la volonté des Etats membres », et ne peut pas imposer des solutions lorsqu'un Etat membre a un problème important de politique intérieure. Ce qui est important, c'est que le processus de libéralisation se poursuit, et que ce n'est pas un « arrêt » de ce processus, a-t-il affirmé, en notant que la Commission a été invitée à « revenir aussi rapidement que possible avec une proposition, avec un calendrier ». La Commission a reçu un « large mandat politique » et a été « habilitée » à faire des propositions, a souligné Romano Prodi, qui participait à la conférence de presse finale (comme la présidente du Conseil de l'UE Anna Lindh, le président du Conseil Ecofin Bosse Ringholm et le Haut Représentant pour la Pesc Javier Solana).
M. Persson a ainsi synthétisé les résultats du Sommet:
Réforme économique. Göran Persson a cité: - l'intégration des marchés financiers, « quelque chose dont on ne saurait sous-estimer les effets », a-t-il dit. Il y a une semaine, « personne n'aurait parié » sur un accord à propos du rapport Lamfalussy, a remarqué pour sa part M. Prodi ; - la libéralisation de la poste (les conclusions du Sommet demandent d'adopter la directive sur les services postaux avant la fin de cette année). Je n'étais pas du tout sûr d'obtenir un accord là-dessus à Stockholm, a commenté M. Persson ; - la libéralisation des marchés de l'électricité et du gaz. M. Persson a indiqué que la discussion de samedi matin avait surtout porté là dessus (le premier ministre espagnol José Maria Aznar a posé avec insistance, voyant disparaître du texte les dates cibles, le problème des entreprises publiques qui font concurrence aux entreprises privées sur des marchés libéralisés, et les conclusions tiennent compte de cette préoccupation, là où elles précisent - voir le point 16 - que la Commission européenne veillera à ce que les règles de la concurrence soient respectées et à ce que les entreprises publiques bénéficiant d'un monopole ne profitent pas indûment de la libéralisation d'autres marchés). Des entreprises qui travaillent dans un marché protégé ne doivent pas pouvoir exploiter la libéralisation chez d'autres et provoquer des distorsions de concurrence, a souligné M. Persson.
Emploi et politique sociale. M. Persson a relevé en particulier: - la fixation de l'objectif de 50% d'emploi, à l'horizon 2010, pour les femmes et hommes de 55 à 64 ans ; - la fixation d'un objectif intermédiaire pour le taux d'emploi, en 2005 (67% en général et 57% pour les femmes) ; - l'introduction d'indicateurs sur la qualité de l'emploi (à présenter en temps utile pour le Conseil européen de Laeken en décembre prochain).
Quant aux autres travaux du Conseil européen, M. Persson a évoqué:
la rencontre avec le président Poutine. « Mon enfance était une enfance vécue dans la peur de la Russie », a dit le Premier ministre suédois, pour marquer le chemin parcouru depuis lors. Il est très important que la BEI puisse financer à l'avenir des projets environnementaux en Russie, a dit pour sa part M. Prodi, en notant que les projets concernant Saint-Petersbourg intéressent la Finlande, et ceux concernant Kaliningrad sont « très importants » pour de futurs Etats membres de l'UE. Par ailleurs, interrogé sur la comparaison faite par le président Poutine entre la Tchétchénie et la Macédoine (voir EUROPE du 24 mars, p.3), M. Persson a dit que toutes les comparaisons entre conflits sont dangereuses, car chaque conflit a ses propres racines historiques et sa propre dynamique.
la Corée. M. Persson a indiqué qu'il se rendra, avec Javier (Solana) et Chris (Patten) en Corée du Nord et en Corée du Sud, si possible avant fin mai, pour affirmer le soutien de l'UE au processus de rapprochement entre les deux Corée. Une mission d'information de l'UE s'est rendue sur place pour vérifier que les conditions d'une telle visite étaient réunies, et le vice-premier ministre de la Corée du Nord nous a confirmé, à Stockholm, que nos conditions (agenda large, couvrant aussi les droits de l'homme et le problème des missiles) sont acceptées, a indiqué M. Persson.
Romano Prodi a relevé en particulier:
l'absence de conclusions fermes sur le brevet communautaire (les conclusions sont très vagues à ce sujet: voir le point 44). « On va essayer à nouveau », a dit M. Prodi (EUROPE croit savoir que le président de la Commission était considérablement irrité par l'insistance de certains pays sur l'utilisation de leurs langues, un facteur qui entraînerait évidemment une augmentation des coûts).
l'affirmation par les chefs d'Etat et de gouvernement de la nécessité de lancer sans retard le projet Galileo (voir le point 41 des conclusions, où le Conseil européen demande en particulier au Conseil de définir les modalités pour le lancement de la phase suivante du projet). En répondant à des questions, M. Prodi a dit que les 200 millions d'euros de financements du secteur privé avaient été « bien accueillis », également par les pays qui avaient des réticences comme les Pays-Bas et l'Allemagne. Mais c'est seulement pour la première phase, et il faut assurer la deuxième, a-t-il ajouté, tout en notant que l'évolution était positive, puisque les « grandes » objections politiques formulées au départ par certains Etats membres contre le projet ont été surmontées.
l'importance du message de solidarité donné par les chefs d'Etat et de gouvernement sur les crises de l'ESB et de la fièvre aphteuse.
- le message donné, vendredi soir, par lui-même et le Commissaire aux relations extérieures Chris Patten au président macédonien Boris Trajkovski. Nous avons assuré au président Trajkovski notre appui, tout en insistant afin que l'action de Skopje pour stabiliser ses frontières (avec le Kosovo) ne dépasse pas des limites « raisonnables », a souligné le président Prodi.
Libéralisation des marchés de l'énergie: réactions de MM. Schröder, Schüssel, Juncker et Simitis
La plupart des participants au Sommet ont été interrogés, lors de leurs conférences de presse, sur l'absence de dates dans les conclusions concernant la libéralisation de l'électricité et du gaz. Il n'y a pas de dates, mais c'est clair qu'il doit y avoir une libéralisation, a dit le chancelier allemand Gerhard Schröder, en notant que la France se trouve dans une situation particulière, et que l'Allemagne ne voulait pas « en faire un conflit ». Nous aurions dû « être plus courageux », a estimé le chancelier autrichien Wolfgang Schüssel, pour qui le sommet de Stockholm a produit surtout des « left-overs ». Et le ministre autrichien de finances Karl-Heinz Grasser a renchéri: « Nous aurions voulu établir à Stockholm un record (en matière de libéralisation), mais nous nous retrouvons dans la phase d'entraînement ». En revanche, le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker n'avait pas l'impression, qu'à Stockholm, on ait reculé, et a dit que la France souhaite en fait la libéralisation, mais ne veut pas le dire tout haut. Quant au premier ministre grec, Costas Simitis, il a affirmé que la Grèce n'aurait pas eu de problèmes avec une date cible pour la libéralisation, mais qu'il fallait en même temps donner aux consommateurs des assurances de qualité et d'approvisionnement.
Le Premier ministre italien Giuliano Amato a été interrogé surtout sur les indications concernant une baisse de la croissance en Italie, et a dit qu'il laissait un pays « en bonne santé » (il n'est pas candidat à sa propre succession à l'issue des élections du 13 mai).
Wim Kok se félicite de l'avancée du processus de Lisbonne
Le Premier ministre néerlandais Wim Kok s'est félicité des progrès du paquet social depuis le Sommet de Lisbonne et principalement de l'intégration de l'agenda social dans le processus de Lisbonne. A l'avenir, a déclaré Wim Kok, nous nous attellerons aux nouveaux marchés du travail, à l'augmentation du taux de participation des femmes et des personnes plus âgées sur le marché de l'emploi, à la qualité de l'emploi, à la formation et à l'éducation de tous. Par ailleurs, Wim Kok s'est dit très heureux du « compromis accepté par la France qui ne veut pas de date pour la libéralisation totale de l'énergie mais qui a accepté que cela se fasse sans tarder ». Le ministre des Affaires étrangères Jozias Van Aartsen s'est félicité du soutien de l'UE à la Macédoine pour qu'elle puisse continuer à vivre avec toutes ses composantes ethniques ». En ce qui concerne les récents développements économiques et financiers en Turquie, le ministre des Finances Gerritt Zalm a indiqué que l'UE se félicite de l'accord intervenu avec le FMI sur un programme-cadre de politique économique visant justement à y restaurer la stabilité économique et financière.
Jacques Chirac: la stratégie de Lisbonne est une stratégie gagnante
« Nous avons le sentiment que Stockholm aura permis de donner une nouvelle impulsion à Lisbonne. C'est la confiance dans la force de l'économie européenne que nous avons voulu exprimer. La stratégie de Lisbonne est une stratégie gagnante que nous devons poursuivre » a déclaré le président français Jacques Chirac en commentant les résultats du Sommet. « L'approfondissement de l'Europe sociale est à présent au cœur de la construction européenne, l'agenda social a un rôle essentiel et il faut en respecter le calendrier », a poursuivi M. Chirac. A propos de la lutte contre l'effet de serre (« une initiative française »), Jacques Chirac s'est félicité de la « déclaration claire et ferme des Quinze sur leur détermination à atteindre les objectifs de Kyoto, déclaration qui sera transmise sous forme de lettre officielle de la Présidence suédoise au Président des Etats-Unis ». Répondant à diverses questions, le président Chirac a précisé à propos de l'épizootie de la fièvre aphteuse que « le responsable du développement d'une politique agricole industrielle c'est la PAC, donc cela incombe à tout le monde, un peu moins à la France qui s'est toujours battue contre une diminution des prix qui était dès l'origine l'objectif de la PAC ». Il a insisté sur la nécessité de "ne pas mettre en cause la vocation exportatrice de l'UE" et sur celle de respecter l'agenda 2000 dont l'accord a été signé à Berlin. Il a dit que les Etats-Unis n'ont qu'une idée en tête, c'est d'éliminer l'Europe et plus particulièrement la France (qui est le deuxième exportateur de produits transformés au monde) de la « Green Power ». Pour ce qui est de la libéralisation des services publics, le président Chirac s'est dit satisfait du compromis atteint au Sommet et qui va dans son sens, « la France ayant refusé que la libéralisation soit tenue par des dates et estimé que la procédure d'ouverture doit se faire de manière graduelle ».
Poul-Nyrup Rasmussen: Stockholm est le gage d'une économie européenne saine et forte
Pour le Premier ministre danois, « ce Sommet est une réussite et le gage d'une économie européenne saine et forte ». En témoignent plus particulièrement les conclusions sur la responsabilité sociale des entreprises, sujet sur lequel le Danemark organise une grande conférence en juin, la dimension éthique de la biotechnologie, les objectifs intermédiaires en matière d'emploi.
M. Verhofstadt déplore le blocage du brevet communautaire
Le Premier ministre belge Guy Verhofstadt s'est félicité que le Sommet de Stockholm ait montré que l'Europe doit se préparer à jouer un rôle de leadership dans l'économie mondiale. Il a déploré que les dates de la libéralisation du gaz et de l'électricité n'aient pu être fixées. Il a souligné que le Conseil européen a trouvé, en contrepartie, « un instrument pour éviter que les entreprises en situation de monopole ne profitent de leur poids dans les Etats plus avancés dans la libéralisation ». Il a salué l'idée de coordonner les processus de Luxembourg, l'agenda de Lisbonne et les grandes orientations de politiques économiques (Gopes) afin que le Conseil européen consacre sa session de printemps à son rôle d'orientation et d'impulsion politique. « Pour que l'Europe puisse donner des signaux forts, il est important qu'elle utilise une méthode de travail intégrée plutôt que de tout aborder dossier par dossier », a précisé M. Verhofstadt. En ce qui concerne l'agenda social, la Belgique s'est engagée à Stockholm a définir durant sa prochaine Présidence des indicateurs sociaux non seulement qualitatifs mais aussi, a insisté le Premier ministre, quantitatifs. Il a expliqué que les indicateurs doivent être complets pour traduire valablement des situations comparables. Il cité par exemple l'âge de la fin l'obligation scolaire, qui varie entre les pays et fausse les chiffres du taux d'emploi. M. Verhofstadt a déploré le peu de progrès réalisé au niveau du brevet communautaire, et a relevé que « le Conseil européen a demandé à la Commission de prendre ses responsabilités et de ne pas se borner à constater que les choses n'avancent pas ». Il a par ailleurs regretté que « la libéralisation du ciel soit bloquée par un conflit entre le Royaume-Uni et l'Espagne, qui ne pourra éternellement subsister ». Le ministre belge des Affaires étrangères Louis Michel a estimé, quant à lui, que le Conseil de Stockholm n'avait pas de véritable enjeu et était purement intermédiaire.
M. Aznar regrette le peu de progrès dans la libéralisation des marchés
Le Premier ministre espagnol José-Maria Aznar a regretté que les Etats membres n'aient pu se mettre d'accord à Stockholm pour aller plus loin dans la libéralisation des marchés. Il a réitéré le soutien de son pays à la libéralisation de l'espace aérien, un processus bloqué par une querelle entre l'Espagne et le Royaume-Uni à propos de Gibraltar. M. Aznar a confié son espoir que les consultations entre l'Espagne et le Royaume-Uni puissent aboutir pour le Sommet de Göteborg. « Nous aurions aimé que les résultats en matière de libéralisation de l'électricité soient plus spectaculaires » a-t-il déclaré. Il a aussi insisté pour que la Commission européenne « surveille de très près » les entreprises situées dans des pays qui n'ont pas ouvert leur marché à la concurrence et qui essayent d'entrer dans des marchés déjà ouverts. Il a souligné que la préparation du prochain Sommet de Barcelone serait difficile, mais réalisable. M. Aznar s'est montré préoccupé par la tournure des événements au Moyen-Orient et a souhaité la fin des initiatives unilatérales.