« Relancer l'économie européenne est notre priorité absolue », a déclaré Ursula von der Leyen lors de son discours sur l'état de l'Union européenne, mercredi 16 septembre, à Strasbourg. Une déclaration qui a le mérite d'être claire, et qui éclipse d'entrée de jeu les espoirs que certains auraient pu nourrir d'un 'Pacte vert' européen qui renaisse de ses cendres.
Pour autant, après un été particulièrement meurtrier, marqué par les vagues de chaleur successives, les incendies ravageurs et les sécheresses sans précédent, la présidente de la Commission européenne a évoqué « un moment de vérité » qui « n'est qu'un avant-goût de ce qui nous attend ».
Sa réponse - « maintenir le cap sur notre ambition climatique » - peut justement manquer d'ambition. Les mesures concrètes sont reportées à plus tard, lors de la présentation du 'cadre de résilience climatique' (EUROPE 13879/12), actuellement prévue pour le 28 octobre.
Incertitudes sur la 'boussole politique climatique'. « Nous identifierons 100 des territoires les plus vulnérables d'Europe et nous évaluerons les risques ainsi que le niveau auquel ils doivent être gérés (pour englober) l'ensemble de la société », a déclaré Ursula von der Leyen.
Impossible de savoir, à ce stade, si ce cadre prendra la forme d'un plan d'adaptation, de gestion des risques ou de résilience climatique à long terme. S'exprimant à l'issue du discours de la présidente, le commissaire européen au Climat, Wopke Hoekstra, n'a pas dissipé l'incertitude. « Nous allons élaborer un train de mesures globales sur la résilience afin de veiller à mieux intégrer l'adaptation dans l'ensemble de nos politiques », a-t-il déclaré, cryptique.
La présidente de la Commission souhaite également créer « une alliance pour l'assurance des risques climatiques », pour remédier à l'impossibilité d'assurer l'ensemble des pertes dues aux catastrophes climatiques par des assureurs privés.
Elle a également annoncé qu'elle présenterait « prochainement » un plan européen de lutte contre les vagues de chaleur, incluant notamment des systèmes d'alerte précoce et une meilleure préparation sanitaire.
Quant au 'Pacte vert', visiblement enterré, Terry Reintke, la coprésidente du groupe Verts/ALE, a annoncé que son groupe demanderait une commission d’enquête du PE sur la faiblesse de son exécution « afin de tenir pour responsables ceux qui le sont ».
Protection civile. Ursula von der Leyen est également revenue sur les feux de forêt, qui ont déjà ravagé plus de 666 000 hectares dans l’UE depuis le début de l’année, selon les données du système 'EFFIS'. Se disant « fière de la manière dont l’Europe a réagi » cet été, elle a cependant jugé nécessaire de « voir plus grand » et d’« apprendre plus vite » (EUROPE 13929/16).
Elle a ainsi annoncé avoir confié à « certains des pompiers et intervenants d’urgence les plus expérimentés d’Europe » le pilotage d’un examen complet du dispositif européen de préparation et de prévention des feux de forêt. Ces experts devront formuler des propositions concrètes, notamment sur la coordination civilo‑militaire et la composition de la future flotte européenne de lutte contre les incendies (EUROPE 13917/1).
Pour rappel, la Commission a décidé d’étendre la réserve RescEU avec l’acquisition de douze avions bombardiers d’eau et de cinq hélicoptères. Les premiers appareils sont attendus en 2027, pour un déploiement progressif jusqu’en 2030. À terme, ces moyens doivent former une flotte permanente, financée par l’UE et basée dans plusieurs États membres, venant compléter le dispositif saisonnier actuel.
Crise énergétique : réponse timide. Ursula von der Leyen n'a pas annoncé de nouveaux instruments européens pour remédier à la flambée des prix de l'énergie provoquée par la guerre au Moyen-Orient. Elle s'est contentée de rappeler l'objectif de produire une énergie locale, abordable et propre – qu'elle soit renouvelable ou nucléaire – et d'électrifier les usages (EUROPE 13912/6).
Elle n'a pas non plus évoqué une taxation des superprofits des entreprises pétrolières au niveau de l'UE, que plusieurs eurodéputés et six États membres appellent de leurs vœux (EUROPE 13922/11).
Chargé aussi de la taxation, Wopke Hoekstra n'a pas écarté formellement cette solution, mais la Commission européenne n'a pas réalisé d'enquête sur ce sujet, malgré une demande française dès avril dernier (EUROPE 13929/17).
Voir le discours d'Ursula von der Leyen : https://aeur.eu/f/ngl
Voir la lettre d'intention de la Commission : https://aeur.eu/f/ngk (Nadège Delépine et Justine Manaud avec la rédaction)