La Haute Représentante de l’UE, tout comme les ministres des Affaires étrangères européens, ont promis, mercredi 2 septembre, que l’UE adoptera des sanctions en réponse à l’attaque hybride menée à Leipzig en août, imputée le 1er septembre à la Russie. Un drone explosif avait été découvert à l’aéroport militaire de Leipzig-Halle, près d’avions-cargos ukrainiens.
À son arrivée au 'Gymnich' à Wicklow (Irlande), la Haute Représentante de l’UE, Kaja Kallas, a estimé que l’attaque portait « toutes les marques d’un terrorisme soutenu par un État », tout comme les ministres polonais, Radoslaw Sikorski, et lettone, Baiba Braže.
« Nous ne recherchons pas le conflit avec la Russie, mais celle-ci semble mener une guerre hybride contre nous, et nous devons montrer à Poutine que nous ne nous laisserons pas intimider », a ajouté M. Sikorski. Selon le Lituanien Kęstutis Budrys, « il est évident que la Russie ne perçoit pas les conséquences politiques de ses activités hybrides à notre encontre. Nous devons intensifier (la) pression, car nous constatons leur expansion ». D'après lui, les attaques hybrides ont quadruplé au cours de la dernière année dans tous les domaines.
« Il est temps que chacun, en Europe et ailleurs, prenne conscience que cela ne va pas s'arrêter et fasse tout son possible pour réduire la présence d'agents russes et renforcer le soutien à nos services, qu'il s'agisse des services frontaliers, de la sécurité, de la cybersécurité, ou de tout autre service nécessaire, car cela ne va pas s'arrêter », a ajouté Baiba Braže.
Depuis Bruxelles, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a rappelé que l'attaque de Leipzig avait été menée à l'aide de matériel militaire et perpétrée par des agents russes sur le sol de l'UE.
« Cette attaque marque une nouvelle escalade sur le sol européen, directement imputée à la Russie. Mais elle s'inscrit dans un contexte plus large d'incidents de plus en plus dangereux (…). Les Européens sont confrontés à une dure réalité : c'est la nouvelle norme », a-t-elle rappelé, appelant à intensifier les efforts européens pour pouvoir « réagir plus rapidement et plus efficacement à l’imprudence russe ».
« Nous pouvons imposer des sanctions supplémentaires et les tenir prêtes à être appliquées dès que de tels actes dangereux et potentiellement mortels sont imputés à la Russie. Chaque faille exploitée par la Russie doit être comblée », a ajouté Mme von der Leyen.
Sanctionner la Russie. Ainsi, les Européens devraient renforcer une nouvelle fois leurs sanctions contre la Russie dans les prochaines semaines.
Mme Kallas a expliqué qu’il était possible de sanctionner plus de 1 600 personnes et entités liées au complexe militaro-industriel russe, et qu'il est possible que d'autres s'y ajoutent. « Le travail est en cours. Nous avons commencé avec moins de noms, mais les États membres en ont fourni davantage. Il faut évidemment vérifier la légalité de chaque cas, et cela prend du temps », a-t-elle prévenu, tout en espérant un accord pour le Conseil des Affaires étrangères du 12 octobre.
La Haute Représentante a ajouté qu’il fallait appliquer les sanctions déjà prises « avec fermeté », alors que celles-ci font l’objet de contournement. « L'Ukraine a identifié plus de 5 500 composants occidentaux et asiatiques dans des armes russes. Après quatre années de guerre, c'est inadmissible. Ces composants n'ont pas leur place dans l'armement russe », a-t-elle prévenu.
La ministre finlandaise, Elina Valtonen, a estimé qu’il était « essentiel de renforcer toutes les mesures visant à affaiblir la machine de guerre russe », jugeant qu’il était impératif d’examiner toutes les options possibles pour renforcer les sanctions, d’explorer toutes les pistes, tant à l'importation qu'à l'exportation.
« La priorité absolue est l'écosystème des missiles russes, la production de missiles balistiques et les systèmes de paiement associés », a précisé son homologue lettone, soutenue sur ce point par le ministre ukrainien, alors que le pays fait face à de nombreuses attaques aériennes.
Limiter les visas. De plus, « un large consensus s'est dégagé en faveur d'un durcissement de l'interdiction d'entrée dans l'UE pour les anciens combattants russes et d'un durcissement des restrictions de visa pour les touristes russes », a annoncé Mme Kallas.
Interrogée sur le fait qu’un des suspects de l'attaque à Leipzig serait entré dans l'UE avec un visa de tourisme italien, la Haute Représentante a estimé que si cela s’avérait exact, cela démontrerait « clairement que les visas sont un outil utilisé par ceux qui veulent nuire à l'UE pour y entrer », espérant que cela convaincrait certains États membres s’opposant au durcissement des restrictions de visas qu'il s'agit de la sécurité de l’UE.
L’UE et plusieurs États membres, dont la France, la Suède, la Finlande et le Portugal, ont également convoqué les chargés d’affaires ou ambassadeurs russes sur leur territoire en représailles de l'attaque de Leipzig. (Camille-Cerise Gessant)