Réunis à l'invitation du chancelier allemand, Friedrich Merz, les dirigeants d'États membres dits 'frugaux' - l'Allemagne, l'Autriche, le Danemark, la Finlande, les Pays-Bas, la Suède - ont préconisé, jeudi 27 août, un budget de l'Union européenne post-2027 « modernisé et réformé, à la fois dans son architecture et dans la façon dont celui-ci alloue les ressources » financières et dont la mobilisation sera subordonnée au respect des valeurs fondamentales de l'UE et de l'État de droit.
Par modernisation, les six pays entendent focaliser les fonds européens sur les priorités stratégiques, citant « la sécurité et la défense, la compétitivité, la migration et la souveraineté » de l'UE. Les positions du Conseil de l'UE sur les trois programmes clés - Plans de partenariat nationaux et régionaux, Fonds européen de compétitivité et instrument 'Europe dans le Monde' (EUROPE 13888/26) - constituent, selon eux, les bases d'une architecture budgétaire « adaptée » aux défis à affronter.
« Pour moi, la tâche la plus importante pour notre UE est de renforcer la sécurité européenne et de répondre aux préoccupations de nos populations », a affirmé la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, citée par l'AFP.
Concernant les montants financiers, les six dirigeants conviennent que le CFP 2028-2034 augmentera « à un rythme modéré » par rapport à la situation actuelle. Néanmoins, alors que les États membres consolident leurs finances publiques, « le budget de l'UE ne peut pas constituer une exception », estiment-ils. La proposition initiale de la Commission européenne, relative à une enveloppe de 2 000 milliards d'euros, devra donc être amputée de « plusieurs centaines de milliards d'euros ».
« Nous ne sommes pas radins, mais ce genre de répartitions proposées par la Commission ne correspond tout simplement pas à notre époque », a estimé M. Merz.
Toutes les rubriques du budget de l'UE devront être concernées par une révision de la priorisation des politiques à financer, à l'issue notamment d'une évaluation complète des flux financiers. Les six pays constatent d'ailleurs « un niveau exceptionnellement élevé » des crédits d'engagement dans le CFP actuel. Quant aux dépenses liées à l'administration, les institutions de l'UE devront s'organiser en interne sans augmentation de leur personnel.
Dans sa proposition initiale, la Commission requiert l'embauche de 2 500 fonctionnaires européens supplémentaires afin de lui permettre d'accomplir les nouvelles tâches qui lui ont déjà été assignées.
Désireux de parvenir à un accord unanime au Conseil européen d'ici la fin de l'année, les pays 'frugaux' rejettent également tout nouvel endettement au niveau européen. Il ne s'agit ni d'une solution au défi budgétaire ni d'une alternative aux réformes structurelles, considèrent-ils.
Dans leur déclaration, les dirigeants ne font pas allusion aux ressources propres au budget de l'UE, élément de l'équation budgétaire que le président du Conseil européen, António Costa, considère actuellement comme le plus important des discussions (EUROPE 13924/7). De passage à Prague ce jeudi, celui-ci a indiqué que le Conseil européen d'octobre devait servir à arrêter les futures ressources propres, alors que la Présidence irlandaise du Conseil de l'UE est invitée à présenter, d'ici là, un deuxième cadre de négociation chiffré.
Refusant toute coupe budgétaire pour la cohésion et l'agriculture, le Premier ministre tchèque, Andrej Babiš, a estimé que les revenus du système 'ETS' devaient continuer de revenir aux États membres, tandis que l'augmentation de certains tarifs douaniers pourrait alimenter le budget de l'UE.
Voir la déclaration des six États membres : https://aeur.eu/f/n5z (Mathieu Bion)