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Bulletin Quotidien Europe N° 11357
CRISE GRECQUE: SUPPLÉMENT SPÉCIAL AU N° 11356 / (ae) grÈce

Les explications techniques sur les besoins en financements et sur la question de la dette. Dernière minute: le Sommet de la zone euro accouche d'un accord ce lundi à 9h pour négocier un troisième plan d'aide à la Grèce.

Bruxelles, 13/07/2015 (Agence Europe) - Sur les trois prochaines années, la Grèce nécessite plus de 80 milliards d'euros d'aide financière et la trajectoire actuellement observée de la dette grecque a clairement dévié par rapport à celle préconisée dans le cadre du 2ème plan d'aide aujourd'hui révolu, estiment les 'institutions' (Commission européenne, BCE, FMI) dans leur analyse de la situation économique du pays qui a servi de base aux discussions du sommet de l'Eurozone, dans la nuit du 12 au 13 juillet.

Dans leur analyse sur les besoins financiers de la Grèce, les 'institutions' ont calculé que sur trois ans, la Grèce a besoin de 81,7 milliards d'euros: 53,7 milliards serviraient au service de la dette et 25 milliards à la recapitalisation des banques, dont 10 milliards à rendre disponibles immédiatement. Les 'institutions' notent que le FMI doit encore décaissé 16 milliards d'euros, dans le cadre de son plan d'aide à la Grèce. Celui-ci ne peut toutefois plus procéder à des versements, avant que la Grèce n'ait réglé ses arriérés (1,6 milliard d'euros).

Parmi les sources potentielles de financement, les 'institutions' notent que les programmes SMP et ANFA de rachat de titres de dette souveraine de la BCE ont généré 7,7 milliards d'euros de profits pouvant être rétrocédés à Athènes. D'où un trou de financement total de 74 milliards d'euros (ce serait plutôt 78 milliards, selon le FMI).

D'ici au 20 juillet, les besoins immédiats en liquidités d'Athènes pour rembourser s'élèvent à 7 milliards d'euros, dont 4,2 milliards d'euros à la BCE, près de 2 milliards au FMI (1,6 milliard dû au 30 juin et 450 millions dus ce lundi) et 500 millions à la Banque de Grèce. Créancier prioritaire, le FMI devra être remboursé en premier.

Pour rembourser ces 7 milliards dus en juillet, la Grèce réclame un financement-relais ('bridge financing'). Trois options seraient sur la table: utiliser les profits de l'opération 'SMP', avoir recours à des prêts bilatéraux ou utiliser une partie de l'enveloppe de 13 milliards d'euros toujours disponible dans le Mécanisme européen de stabilisation financière (EFSM), un mécanisme géré par la Commission au nom de l'UE. Pour utiliser le mécanisme EFSM, il faut une majorité qualifiée au Conseil Ecofin. Le Royaume-Uni et la Pologne y seraient opposés, mais d'autres délégations ont également exprimé des réserves.

Conditionnalité. L'enjeu du week-end pour les Grecs était de regagner la confiance des créanciers. La zone euro attendait ainsi des gages concrets des autorités grecques. D'ici le 15 juillet, certaines mesures préalables devront donc être votées au parlement grec, pour permettre le lancement formel des négociations sur un troisième plan d'aide. Selon le document de l'Eurogroupe transmis au Sommet de la zone euro, il s'agirait de certaines mesures liées au système de TVA, de mesures destinées à améliorer la viabilité à long terme du système de pension, de mesures liées à l'indépendance de l'institut grec des statistiques (Elstat), de la transposition de la directive 'BRRD' encadrant les procédures de restructuration et de résolution bancaires.

Viabilité de la dette, vers un abandon d'objectifs en termes de ratio dette/PIB ?

L'analyse de la viabilité de la dette ('debt sustainability analysis' ou 'DSA') qu'ont effectuée les 'institutions' - et dont EUROPE a obtenu copie - met au jour la difficulté de la tâche. Fixés en novembre 2012 dans le cadre du 2ème plan de sauvetage grec, les objectifs à atteindre étaient un ratio dette/PIB de 124% en 2020 et substantiellement sous 110% en 2022. Désormais, les prévisions les plus optimistes des 'institutions' placent ce ratio à 165% du PIB en 2020, 150% en 2022 et 111% en 2030. Dans le scénario le moins optimiste, la dette grecque atteindrait 187% du PIB en 2020, 176% en 2022 et 142% en 2030.

La 'DSA' va être « un grand problème », avait déclaré samedi via son compte Twitter le ministre slovaque des Finances, Peter Kazimir. L'Estonie a d'ores et déjà prévenu: oui à des conditions plus souples de remboursement de la dette, non à une coupe sèche. Bien sûr, cette question ne devrait être discutée que plus tard dans l'année, mais les 'institutions' soulignent déjà un aspect important.

« Se concentrer uniquement sur les niveaux de dette vis-à-vis du PIB ne permet pas de saisir la structure de la dette et ne prend pas entièrement en compte les mesures prises par le soutien financier européen pour rendre la dette grecque viable. Cet aspect peut mieux être évalué par les besoins en financement bruts d'un pays, qui prend en compte la structure de remboursement dans le temps », explique l'analyse de la viabilité de la dette. Les 'institutions' ajoutent que dans le cas du ratio dette/PIB, il est « également difficile de déterminer des seuils concrets pour cette mesure, au-dessus desquels la dette n'est plus jugée viable ». Cet argument avait déjà été exprimé par le directeur général du MES, Klaus Regling.

Une note du FMI, dit la 'DSA', suggère par ailleurs que le ratio des besoins en financement bruts vis-à-vis du PIB devrait rester sous 15%, pour assurer la viabilité de la dette. Le scénario le plus optimiste des 'institutions' prévoit que les besoins en financement sur la période 2015-2030 seront en moyenne de 10,4% et au-dessus du seuil de 15% dans un certain nombre d'années. Dans le scénario le moins optimiste, ce ratio sera de 13,1% au cours de la période 2015-2030.

Les 'institutions' préconisent donc un « reprofilage très substantiel » de la dette grecque, comme une « longue extension des maturités des prêts existants, un report (du paiement) des intérêts et un financement à des taux 'AAA' qui permettraient de répondre à ces inquiétudes du point de vue des besoins bruts en financement, bien qu'ils laisseraient toujours la Grèce avec des hauts niveaux de dette/PIB pour une longue période ». Du côté de l'eurozone, on n'exclut pas la possibilité que des objectifs en termes de besoins en financement rapportés au PIB se substituent aux objectifs en matière de ratio dette/PIB. Du côté grec, on dit également qu'il faudrait agir sur le service de la dette. (Elodie Lamer)