Athènes, 25/01/2015 (Agence Europe) - « Le peuple grec a tourné une nouvelle page de l'Histoire, l'espoir a tourné une nouvelle page », s'est félicité Alexis Tsipras, chef du parti 'anti-austérité' Syriza d'extrême gauche, dimanche 25 janvier après la nette victoire de son parti aux élections législatives grecques.
Selon les résultats intermédiaires (68% des bulletins dépouillés) publiés à minuit heure locale par le ministère grec de l'Intérieur, Syriza a recueilli 35-36% des suffrages et flirte avec la majorité absolue de 151 sièges au parlement national. M. Tsipras a remercié ses électeurs pour ce « mandat clair, fort et indéniable ». Le vote grec a « mis un terme au cercle vicieux de l'austérité (…), a changé la 'troïka' en de l'histoire ancienne », a-t-il ajouté. « C'est une victoire pour toutes les nations d'Europe qui se battent contre l'austérité », a-t-il poursuivi devant ses partisans et une nuée de journalistes du monde entier.
Le jeune leader grec a promis de négocier et de collaborer avec les partenaires internationaux de la Grèce pour une solution mutuellement profitable, à travers un plan de relance sans nouveau déficit mais sans nouveaux supplices pour la population. Ma première priorité, a-t-il dit, est de rendre sa dignité à la Grèce.
Le Premier ministre sortant, Antonis Samaras, a reconnu sa défaite. Son parti chrétien-démocrate, Nouvelle Démocratie, a obtenu 28% des vois. S'exprimant devant la presse massée au palais Zappeion, il a estimé avoir « la conscience tranquille ». Il a rappelé qu'il avait repris les rênes d'un pays au bord du gouffre en 2012 et que, malgré les erreurs et les injustices, « nous avons évité le pire ». M. Samaras a espéré que le prochain gouvernement fera bon usage des acquis de son mandat, notamment la disparition du déficit budgétaire primaire (hors service de la dette). Il a tout de même noté que son parti n'avait perdu que deux points de pourcentage par rapport aux élections de 2012 et a promis de jouer un rôle décisif dans ce nouveau chapitre qui s'ouvre. Il n'était pas clair, dimanche soir, si M. Samaras allait rester le chef du parti.
Le chef du parti des Grecs indépendants, Panos Kammenos, a expliqué qu'il était prêt à contribuer à assurer que cette nouvelle réalité politique et sociale soit stable. Il a également dit être prêt à soutenir tous les efforts de changement. Selon la chaîne de télévision Skai, M. Kammenos serait contre la formation d'une coalition gouvernementale avec le parti centriste To Potami. Le chef de To Potami, Stavros Theodorakis, a montré une ouverture mais pas dans un gouvernement anti-UE.
Sept partis seront représentés au parlement grec: - Syriza (36,06%) avec au moins 149 sièges ;
- Nouvelle Démocratie (28,12%), avec 76 sièges ; - l'extrême droite Aube Dorée (6,34%) avec 17 sièges ; - le parti libéral To Potami (5,93%) avec 17 sièges ; - le parti communiste KKE (5,45%) avec 15 sièges ; - le parti socialiste Pasok (4,74%) avec 13 sièges ; - le parti des Grecs indépendants (4,69%) avec 13 sièges. Le parti de Georges Papandreou, Kinima, n'a pas atteint le seuil de 3% nécessaire pour être représenté au parlement.
Dès l'annonce des premiers résultats, la sphère européenne a commencé à réagir. L'Allemand Manfred Weber, chef du groupe PPE au Parlement européen et issu du parti de la chancelière allemande Angela Merkel, a estimé via Twitter que la Grèce devait poursuivre sur la voie des réformes. « Bientôt, il deviendra clair que M. Tspiras fait des promesses vides », a-t-il dit. Les groupes ADLE et S&D au PE ont fait des appels du pied pour que le gouvernement Syriza forme une coalition avec To Potami et le Pasok. « Pour un futur grec en Europe, To Potami devrait jouer un rôle clé dans n'importe quel gouvernement de coalition pour maîtriser les tendances eurosceptiques de gauche et de droite », a dit le Belge Guy Verhofstadt, chef du groupe ADLE, via Twitter. L'Italien Gianni Pittella, chef de file du S&D, a encouragé M. Tsipras à « commencer des négociations avec toutes les forces progressives pro-européennes pour former un gouvernement fort ». Le groupe GUE/NGL, dont fait partie Syriza au PE, s'est également félicité qu'un parti d'extrême gauche accède de nouveau au pouvoir en Europe.
A minuit à Bruxelles, les présidents de la Commission européenne, du Conseil européen et du PE n'avaient pas officiellement réagi. Le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, s'exprimera à son arrivée à la réunion des ministres des Finances de la zone euro, lundi 26 janvier à midi (EUROPE 11237).
Jour d'élection au pied de l'Acropole
L'école primaire n° 70, située rue Kallisperi, au pied de l'Acropole, abrite pour la journée un bureau de vote pour les habitants du quartier. Aux portes de l'école, presque autant de journalistes que de Grecs venus voter. L'atmosphère n'a plus rien avoir avec l'ambiance tendue de juin 2012, lors des précédentes élections anticipées qui avaient vu le parti d'Antonis Samaras porté aux nues par les électeurs. Les voix des habitants du quartier n'allaient pas déterminer le sort des élections, au contraire des zones les plus peuplées du district B en périphérie d'Athènes.
Sur la grille, à l'entrée, une affiche de Syriza et une autre du KKE ont été accrochées. Certains électeurs arborent le badge du parti d'extrême droite Aube Dorée. Une jeune femme, sans emploi, dit aspirer au changement, mais ne pense pas que Syriza pourra le réaliser, pointant des inconsistances dans les discours des responsables de ce parti. Un étudiant d'une vingtaine d'années est plus catégorique. Se disant nationaliste, il indique avoir voté pour Aube Dorée également dans l'espoir que celui-ci endigue l'immigration. Deux dames d'une soixantaine d'années sortant bras dessus, bras dessous du bureau de vote, refusent de citer le parti pour lequel elles ont voté, mais déclarent avoir choisi le vote prudent au lieu du changement.
C'est en effet sur cette dichotomie qu'Antonis Samaras a bâti sa campagne. Dimanche matin, en votant à Pylos, il s'est dit « optimiste que personne ne mettra en danger le parcours européen de la Grèce ». « Aujourd'hui, nous décidons si nous avançons ou si nous nous lançons dans l'inconnu », a-t-il déclaré. Une campagne placée sous le signe de la mise en garde qui l'a parfois desservi. Telle et l'analyse de Tasos, écrivain. « La peur est partie, c'est l'espérance qui règne », estime-t-il. La campagne de M. Samaras ne l'a pas découragé de voter pour Syriza, au contraire.
Il est vrai que certains succès engrangés par le gouvernement Samaras - le retour de la croissance et sur les marchés de la dette à moyen terme, un excédent budgétaire primaire (hors service de la dette) - a permis ces derniers mois au Premier ministre sortant d'avoir un discours plus apaisant. Mais ces progrès restent encore peu visibles dans la vie quotidienne de citoyens d'un pays où les salaires ont été rabotés et où le taux de chômage a grimpé en flèche au point de toucher un jeune sur deux.
Pour Tasos, M. Samaras est « l'esclave de l'élite européenne ». L'UE doit être celle des peuples, pas seulement celle des élites, souligne-t-il. Tout en ayant conscience, tout de même, que la marge de manœuvre d'Alexis Tsipras sera limitée. « Mais il pourra au moins changer des petites choses », espère-t-il.
Cette impression que la Grèce est gouvernée de l'extérieur a été évoquée plus d'une fois. Néanmoins, Alexis Tsipras semble croire en sa marge de manœuvre. En quittant le bureau de vote de Kypseli, à Athènes, dimanche matin, il a déclaré que les Grecs allaient décider « si, demain, la 'troïka' reviendra en Grèce pour mettre en œuvre les mesures que Samaras a décidées, ou si ,demain, notre pays se lancera dans une négociation difficile pour le retour de la dignité ».
Si le parti To Potami semble apparaître comme un 'vote refuge' pour ceux qui désiraient du changement sans adhérer aux idées de Syriza, M. Samaras compte fermement sur les indécis, qu'il évaluait à 14% des électeurs. « Ils vont voter pour nous », avait-il dit samedi en rencontrant ses partisans sur la place Syntagma, en face du parlement national. La majorité des indécis semblait être l'électorat féminin ayant tendance à voter conservateur.
Effie, 35 ans, rencontrée plus tôt, n'est pas allée voter. Elle n'a pu se rendre au bureau de vote où elle est inscrite, à 300 kms d'Athènes. C'est à Syriza qu'elle aurait donné sa voix. Un vote réfléchi qui répond à une multitude de réflexions. L'envie du changement d'abord, mais également un vote sanction contre une sorte de 'gouvernance en alternance' partagée entre le Pasok et la Nouvelle Démocratie. Ces deux partis qui ont gouverné par alternance en Grèce depuis 1945 sont considérés comme les forces ayant précipité le pays dans la crise. Le Pasok était au pouvoir quand le pays a maquillé une première fois ses statistiques pour entrer dans la zone euro. Et c'est après de deux mandats de la Nouvelle Démocratie que le Pasok avait rajusté le chiffre du déficit public pour 2009 qui représentait en fait le double de ce qui avait été admis auparavant.
Ce qui frappe, dans le discours d'Effie, c'est cette résignation qui semble toucher le peuple grec, aujourd'hui plus stoïque qu'il ne l'a été. « Ce n'est plus une crise, c'est une réalité », dit-elle, affirmant s'être adaptée à la situation. Elle espère, sans trop y croire, que le printemps grec est, désormais, imminent. (EL)
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