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Bulletin Quotidien Europe N° 10136
(eu) ue/sommet de la zone euro

Les dirigeants ont pris les mesures nécessaires pour assurer la stabilité de la zone euro - Un mécanisme européen destiné à venir en aide aux pays en difficulté sera créé

Bruxelles, 08/05/2010 (Agence Europe) - Comme prévu, les dirigeants de la zone euro ont entériné le plan de soutien à la Grèce, mais c'est surtout à restaurer la stabilité de l'ensemble de la zone qu'ils se sont attelés vendredi 7 mai. Prenant la mesure de la menace systémique qui pèse sur la monnaie unique et leurs économies, les chefs d'État ou de gouvernement des Seize promettent de renforcer la discipline budgétaire et annoncent la mise sur pied d'un mécanisme de stabilisation visant à préserver la stabilité financière de la zone euro. Le Collège des commissaires européens se réunira ce dimanche matin 9 mai pour adopter une proposition qui sera aussitôt transmise au Conseil ÉCOFIN pour approbation dans l'après-midi du texte avant l'ouverture des marchés lundi.

Avalisant le mécanisme mis en place par l'Eurogroupe (EUROPE n° 10131), les Seize s'engagent dans leur déclaration commune à verser à la Grèce la première tranche de prêt « avant le 19 mai », date à laquelle arrivent à échéance des obligations de l'ordre de 9 milliards d'euros. Et de redire leur soutien au programme « ambitieux » et « réaliste » du gouvernement grec, que le Premier ministre George Papandreou s'est engagé à pleinement mettre en œuvre.

Pour éviter toute propagation de la crise grecque à d'autres pays de la zone euro et convaincre les marchés, le texte insiste surtout sur la consolidation des finances publiques, le renforcement de la gouvernance économique et la lutte contre la spéculation. Toutes les institutions de la zone euro (Conseil, Commission, BCE), ainsi que les États membres de la zone euro sont d'accord pour utiliser l'ensemble des moyens disponibles pour garantir la stabilité de la zone euro, a assuré à une heure tardive Herman Van Rompuy, en lisant à la presse le communiqué conjoint. Parmi ces moyens, les dirigeants se sont mis d'accord pour prendre toutes les mesures « nécessaires » pour atteindre leurs objectifs budgétaires cette année et dans les années à venir, conformément aux procédures pour déficits excessifs (treize pays de la zone euro sont concernés par de telles procédures). Selon les situations propres, chacun est « prêt » à prendre les mesures nécessaires pour accélérer la consolidation budgétaire et tous demandent à la Commission et au Conseil de faire respecter « strictement » les recommandations prises au titre du Pacte de stabilité et de croissance.

Indépendance de la BCE oblige, les chefs d'État sont plus laconiques sur le rôle à jouer par l'institution de Francfort (ils réitèrent simplement leur soutien à l'action de la BCE pour assurer la stabilité de la zone euro). Si les présidents du Conseil européen et de la Commission européenne n'ont pas ajouté de commentaires sur les possibilités supplémentaires qui s'offrent à la BCE pour stabiliser la zone euro, le président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, a indiqué que la BCE aurait « signifié qu'elle ferait tout ce qu'elle peut pour soutenir les titres d'État qui seront émis » par les pays de la zone euro, en n'excluant pas l'achat d'emprunts d'État. Le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, s'est quant à lui refusé à tout commentaire.

Également destiné à répondre rapidement à la crise actuelle, le mécanisme européen de stabilisation n'a pas été présenté en détail. Sa forme et son financement seront précisés dès ce dimanche par la Commission. L'instauration d'une possibilité pour le Conseil de venir en aide à un État membre (en vertu de l'article 122-2 du traité qui autorise une assistance financière en cas de catastrophes naturelles ou d'évènements exceptionnels échappant à son contrôle) et la possibilité pour la Commission de lever des fonds sur les marchés (cet emprunt communautaire serait garanti par les États membres), seraient les innovations en considération. Une telle approche avait été suggérée, en vain, au début de la crise grecque, il y a plusieurs mois.

Sur les enjeux de gouvernance à plus long terme, les dirigeants préparent surtout le terrain à la réflexion qui sera menée au sein de la task-force du président du Conseil européen, dont les travaux seront accélérés. Sans grande précision, la déclaration reprend les trois axes que détaillera la Commission européenne dans sa communication de la semaine prochaine. Il s'agit: - d'élargir et de renforcer la surveillance budgétaire et la coordination, en tenant compte notamment de l'évolution de la dette et de la compétitivité ; - de renforcer les règles et les procédures de surveillance du Pacte de stabilité et de croissance, y compris par des sanctions « plus efficaces » ; - et de créer un cadre « robuste » de gestion de crise, respectant le principe de la responsabilité budgétaire de chaque État membre. Mais, à ce stade, aucune mention n'est faite par exemple à l'hypothèse de contraindre les États membres à présenter leurs orientations budgétaires à l'Eurogroupe avant leur adoption, une surveillance ex ante des décisions budgétaires nationales qui rend l'Allemagne sourcilleuse.

Enfin, les dirigeants soulignent l'importance de progresser rapidement pour améliorer la règlementation et la supervision financières. Accroitre la transparence sur les marchés des dérivés et gérer le rôle des agences de notations de crédit « sont parmi les principales priorités pour l'UE ». Les travaux concernant une possible contribution « équitable et substantielle » du secteur financier aux coûts de la crise et ceux sur des moyens de lutte supplémentaires pour lutter contre la spéculation sur la dette souveraine doivent être accélérés. Le Conseil européen de juin en discutera, au besoin à la lumière de propositions de la Commission.

« Nous faisons face à une situation sérieuse dans la zone euro », il s'agit d'être responsable et solidaire, a conclu M. Van Rompuy, rejoint en cela par le président de la Commission européenne. Qu'il s'agisse du « pacte de consolidation » des finances publiques ou de la proposition « concrète » que fera la Commission dimanche, José Manuel Barroso retient une « claire détermination » des Européens à faire « tout ce qui sera nécessaire » pour « défendre l'euro ».

George Papandreou: « Nécessité de préserver la zone euro au-delà du problème grec »

Dans une courte déclaration lue devant la presse à l'issue du sommet, le Premier ministre grec s'est félicité de l'activation officielle du plan d'aide à la Grèce. Après les décisions très douloureuses des derniers jours « que nous avons prises pour la Grèce mais aussi pour l'Europe » et l'adoption d'un très ambitieux programme d'austérité qui a finalement ouvert la voie à l'activation du plan d'aide de l'UE et du FMI, « nous avons maintenant atteint le stade final du processus », a dit M. Papandreou. La première tranche de l'aide sera débloquée dans les prochains jours, en tout cas avant le 19 mai, et elle permettra à la Grèce de mettre en œuvre son programme sans subir la pression quotidienne des marchés, a-t-il expliqué. Mais le problème ne s'arrête pas au cas grec, a poursuivi le Premier ministre socialiste. « Nous devons préserver la zone euro au-delà du problème grec » car ce qui est en jeu est ni plus ni moins « la stabilité de l'Europe en tant que telle », a conclu M. Papandreou.

Angela Merkel: « Signal très fort contre les spéculateurs »

La chancelière allemande n'a pas donné de conférence de presse à l'issue du sommet se limitant à faire une très courte déclaration à la presse à la sortie du bâtiment du Conseil. « Nous avons dû constater qu'il existe une très forte spéculation contre l'euro dans son ensemble », d'où la nécessité de prendre des mesures qui vont au-delà du plan d'aide à la Grèce, a commenté Angela Merkel. Premièrement, a-t-elle poursuivi, il a été convenu d'« accélérer la consolidation budgétaire » dans les États membres. Deuxièmement, les dirigeants de la zone euro ont décidé de mettre en place un « instrument communautaire qui nous permettra de nous défendre contre les spéculateurs ». Troisièmement, les Seize sont d'accord pour « accélérer la réglementation des marchés financiers », a dit Mme Merkel. En tout, le sommet a envoyé un « signal très fort » que les pays de la zone euro ont la « volonté politique » de tout faire pour préserver la stabilité de la monnaie unique. « C'est un signal très clair à ceux qui spéculent contre l'euro », a-t-elle conclu.

Nicolas Sarkozy: « Des mesures fortes à la hauteur de la situation exceptionnelle »

Nicolas Sarkozy, le président français, a estimé que la zone euro traversait la crise « sans doute la plus grave » de son existence », et a déclaré que les chefs d'État et de gouvernement ont pris des décisions « très importantes ». Les trois priorités fixées dans la lettre franco-allemande ont été reprises, s'est-il félicité. « Nous sommes décidés, toutes les institutions européennes et tous les États membres de la zone euro, à tout mettre en œuvre pour assurer la stabilité et l'unité de la zone euro. Nous sommes décidés à renforcer sa gouvernance, et nous sommes décidés à combattre sans merci la spéculation en régulant les marchés financiers », a dit le président français en citant deux décisions immédiates: - 1) la confirmation du soutien des pays au gouvernement grec, « qui a agi avec courage » (le programme du pays est « à la hauteur de l'enjeu et permettra à l'économie grecque de repartir sur des bases assainies », a dit M. Sarkozy). Les pays de la zone euro fourniront à la Grèce 80 milliards d'euros dans le cadre d'une enveloppe totale de 110 milliards d'euros avec le FMI. La Grèce recevra un premier versement « dans les jours qui viennent » ; 2) les pays de la zone ont décidé de mettre en place un mécanisme européen d'intervention pour préserver la stabilité financière en Europe. Dimanche 9 mai se réuniront les ministres des Finances des 27 pays de l'UE pour « finaliser dans la journée de dimanche les modalités techniques de ce mécanisme communautaire ». « Désormais, les spéculateurs doivent savoir qu'ils en seront pour leurs frais ».

« Nous avons décidé d'aller plus loin et de tirer toutes les leçons de cette crise en nous donnant les moyens d'éviter qu'elle ne se reproduise. Nous avons décidé de doter la zone euro d'un véritable gouvernement économique », a poursuivi Nicolas Sarkozy. Le groupe présidé par le président Van Rompuy va accélérer ses travaux et « dès maintenant nous nous sommes mis d'accord sur des principes essentiels »: - le renforcement de la surveillance économique et de la coordination des politiques économiques dans la zone euro ; - la révision du Pacte de stabilité et de croissance pour « renforcer les sanctions en cas de manquements répétés aux règles » ; - la mise en place d'un mécanisme de gestion de crises (« j'ai proposé que cela se traduise en particulier par un renforcement de la direction de l'Eurogroupe », a dit le président). En outre, « nous avons décidé de prendre toutes les mesures pour atteindre nos objectifs budgétaires conformément à nos engagements. Chaque pays, en fonction de sa situation propre, prendra les mesures qui s'imposent », a précisé Nicolas Sarkozy.

« Nous sommes absolument déterminés à lutter contre la spéculation en renforçant la régulation des marchés financiers. Nous allons réglementer les produits dérivés, moraliser les agences de natations, et intensifier le travail sur la gestion des crises dans le secteur financier. Nous allons travailler au niveau national et international sur une contribution significative du secteur financier aux coûts des crises », a lancé le président de la France. Les propositions franco-allemandes « seront reprises par la Commission », a-t-il affirmé. Les Européens sont déterminés à porter ces sujets au G20, qui se réunira dans un mois à Toronto. « C'était l'heure de vérité pour la zone euro. Soit nous laissions les marchés décider de l'avenir de l'euro à notre place, soit nous étions capables de prendre les mesures nécessaires pour faire échec à la spéculation et pour sortir de la crise plus forts et plus unis. C'est ce que nous avons décidé ce soir ».

En répondant à des questions de la presse, M. Sarkozy a dit: - « Nous ne pouvons pas laisser aller l'euro au gré de la spéculation et des intérêts de quelques spéculateurs. L'euro c'est l'Europe, l'Europe c'est la paix sur ce continent. Nous ne pouvons pas laisser défaire ce que les générations précédentes ont construit. C'est ça qui est en cause » ; - « si nous ne stabilisons pas la situation, c'est l'ensemble des autres places financières dans le monde qui seraient aussi impacté » ; - les décisions prises seront « d'application immédiate (…). Lundi, à l'ouverture des marchés, l'Europe sera prête à défendre l'euro. C'est ça le message que nous voulons faire passer ». Enfin, il a balayé des informations qui circulaient vendredi soir sur une prise de bec entre lui et la chancelière allemande Angela Merkel. « Nous avons tout fait, Mme Merkel et moi, pour que l'axe franco-allemand soit un axe indestructible », a-t-il dit. « Mme Merkel et moi nous partageons la même analyse: cette crise est systémique, la réponse doit être systémique (…) Il n'y a eu aucune division entre Mme Merkel et moi ce soir ».

M. Juncker déterminé à ne pas laisser le champ libre à une spéculation « en dépit du bon sens »

Le Premier ministre luxembourgeois et président de l'Eurogroupe, Jean Claude Juncker, a confirmé que les dirigeants de la zone euro « [ont] définitivement approuvé [vendredi] soir le plan d'aide pour la Grèce, ce qui a été facilité par le vote du Bundestag et Bundesrat allemands ». « Nous avons aussi décidé de faire progresser la consolidation budgétaire. Tous les efforts doivent être entrepris au niveau national pour accélérer la consolidation budgétaire », a poursuivi M. Juncker, confirmant que la Commission européenne est appelée à mettre sur la table dimanche une proposition sur un mécanisme de consolidation et de stabilisation pour la zone euro. « Nous sommes dans une situation très grave. Toute la zone euro est attaquée. Nous devons la défendre. Dimanche, nous devons dire que nous sommes prêts, non seulement les pays de la zone euro, mais les Vingt-sept, à formuler une réponse aux attaques contre la zone euro. Nous ne pouvons pas laisser le champ libre à la spéculation qui s'exerce contre l'euro en dépit des données réelles et du bon sens », a insisté le président de l'Eurogroupe. « La BCE va aussi apporter sa contribution » aux mesures pour défendre la zone euro, et elle devrait être précisée dimanche, a assuré le président de l'Eurogroupe.

Zapatero: il est impensable que la crise de cette semaine freine et empêche
le processus de reprise économique qui s'amorce

« Nous nous trouvons face à un risque systémique qui affecte l'ensemble de la zone euro et qui peut s'étendre à d'autres économies » et qui « peut s'étendre à d'autres monnaies », a déclaré José Luis Rodríguez Zapatero, en citant l'exemple des fortes perturbations boursières observées aux États-Unis et au Japon. Cette situation de « risque sérieux exige une réponse sérieuse, unanime et forte », a-t-il ajouté. Le Premier ministre espagnol a cité les quatre éléments de la déclaration des leaders de la zone euro: - accélération de la mise en œuvre des mesures de consolidation budgétaire ; - présentation par la Commission européenne d'un mécanisme communautaire de stabilité financière ; - soutien à l'action de la BCE ; - accélération des travaux sur le renforcement de la gouvernance économique de la zone euro. Selon lui, il est impensable que la crise de cette semaine freine et empêche le processus de reprise économique qui s'amorce, notamment en Espagne et devrait se poursuivre en 2010 et 2011. Il faut donc trouver le juste « équilibre » entre le soutien à la croissance économique et la réduction « maximale » du déficit public afin d'atteindre l'objectif de retour dans les clous du Pacte de stabilité et de croissance d'ici à 2013. L'adoption de nouvelles mesures d'économie reviendrait, le cas échéant, au parlement national où le chef de gouvernement espagnol se rendra mercredi prochain.

Interrogé sur le mécanisme européen de stabilité financière, M. Zapatero a qualifié l'outil de « mesure de garantie » qui sera à la disposition de la Commission si nécessaire. Auparavant, nous nous étions mis d'accord sur un plan d'aides bilatérales à un pays membre de la zone euro, il s'agit désormais de mettre en place « une mesure communautaire », a-t-il souligné. Quant aux conditions et aux circonstances de mise en œuvre du mécanisme, c'est à la Commission de faire des propositions concrètes, au Conseil ÉCOFIN de l'adopter dans la foulée et à la Commission, de nouveau, de le mettre en œuvre en cas de nécessité. Le Premier ministre espagnol a enfin espéré que les marchés réagiront lundi « de manière raisonnable » aux décisions prises par les leaders européens. (A.B./M.B./H.B./L.C./E.H.)